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Petit matin
Je te reconnaîtrai aux algues de la mer Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains Je te reconnaîtrai au profond des paupières Je fermerai les yeux tu me prendras la main.
Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues Et les seins ombragés des palmes du sommeil.
Je laisserai alors s'envoler les oiseaux Les oiseaux long-courriers qui traversent les mers Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.
Je t'attendrai en haut de la plus haute tour Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour Est là marqué des pas de celle que j'attends.
Complices du soleil je sens mon corps mûrir De la patience aveugle et laiteuse des fruits Ses froides mains de ciel lentement refleurir Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.
Claude Roy
(Le Poète mineur)
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