Il était
une fois un vieil homme, assis à la porte d'une
ville.
Un jeune
homme s'approche de lui:
«Je ne
suis pas d'ici, je viens de loin; dis-moi, vieil
homme, comment sont les gens qui vivent dans
cette ville?»
Au lieu
de lui répondre, le vieillard lui renvoie la
question:
«Et dans
la ville d'où tu viens, comment les gens
étaient-ils donc?»
Le jeune
homme aussitôt, plein de hargne:
»Egoïstes et méchants, au point qu'il m'était
impossible de les supporter plus longtemps!
C'est pourquoi j'ai préféré partir!»
Le
vieillard:
«Mon
pauvre ami, je te conseille de passer ton
chemin:les gens d'ici sont tout aussi méchants
et tout aussi égoïstes!»
Un peu
plus tard, un autre jeune homme s'approche du
même vieillard:
«Salut, ô
toi qui es couronné d'ans! Je débarque en ces
lieux; dis-moi, comment sont les gens qui vivent
dans cette ville?»
Et le
vieil homme de le questionner à son tour:
«Dis-moi d'abord, là d'où tu viens, comment les
gens étaient-ils?»
Le jeune
homme, dans un grand élan:
«Honnêtes, bons et accueillants! Je n'avais que
des amis; oh que j'ai eu de peine à les
quitter!»
Le
vieillard:
«Eh bien,
ici également, tu ne trouveras que des gens
honnêtes, accueillants et pleins de bonté.»
Un
marchand faisait boire ses chameaux non loin de
là, et il avait tout entendu:
«Comment t'est-il possible, ô vieil homme que je
prenais pour un sage, de donner, à la même
question, deux réponses aussi diamétralement
opposées? Serait-ce un poison d'avril?»
«Mon
fils, déclara le vieil homme, chacun porte en
son coeur son propre univers et le retrouvera en
tous lieux.
Ouvre ton
coeur, et ton regard sur les autres et sur le
monde sera changé ...»