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Le chemin qui mène à ton visage
Je ne t'ai pas reconnu
dans ce mendiant dont les yeux sont comme deux veilleuses
d'hôpital et les mains, deux écorces vides.
Je ne t'ai pas reconnu
dans cet enfant qui pèse à peine le poids d'une fleur
étiolée et dont le regard me dit: j'ai faim.
Je ne t'ai pas reconnu
dans ce malade, esquif de l'ombre, poignée de cendre où
couve, incandescent, le feu de la souffrance.
Je ne t'ai pas reconnu
dans ce corps où s'enfonce, chaque jour un peu plus loin,
l'écharde de la solitude.
Je ne t'ai pas reconnu
dans cet homme à genoux, ligoté, bâillonné, supplicié, la
nuque offerte au soleil de la mort.
Je ne t'ai pas reconnu
dans ce visage qui est le tien: fontaine vive de mon enfance
où j'abreuvais mes plus hautes soifs,
aujourd'hui lagune où
surnagent en flaques de sang toutes les impuretés du
monde...
Alors, dis-moi, comment
trouver le chemin qui mène à ton visage?
Guy Bornand,
Extrait de: Le
coeur: brûlis brûlot.

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