
Il faisait froid, très froid en ce 24
décembre d'une année si lointaine que j'en ai oublié les chiffres.
La neige était épaisse, froide et
blanche. Elle recouvrait montagnes et vallées, elle avait effacé tous les
chemins et les villages semblaient isolés, loin de tout.
Les maisons se blottissaient les
unes contre les autres comme pour se tenir plus chaud.

Bien à l'écart du village, en
lisière de forêt, se trouvait la masure de la vieille Catherine. Elle était si
vieille que plus personne ne savait son âge. Les guerres, les épidémies et les
famines avaient emporté tous les siens.
On la croyait un peu sorcière,
aussi personne ne se hasardait jusque chez elle.

La vieille Catherine vivait
pauvrement de ce que produisait son jardin et du lait de son unique chèvre. Elle
se chauffait en allant ramasser le bois mort de la forêt.
En cette veille de Noël, il ne lui
restait qu'un méchant bout de pain sec, un peu de lait et une soupe si claire
qu'on aurait pu y compter les bouts de légumes.
La vieille Catherine soupire, quel
triste Noël!
Du temps de ses enfants, la maison
était pleine de rires et les enfants étaient agglutinés autour du sapin et de la
pauvre crèche que Catherine a fait avec des bouts de bois et des chiffons.

Elle regarde par la fenêtre et voit
venir quelqu'un, est-ce du village? Une jeune femme avec un paquet dans ses
bras. Avant qu'elle ne frappe, Catherine a ouvert la porte à la jeune femme qui
a l'air épuisée. Elle n'est pas d'ici, se dit la vieille Catherine, ses souliers
sont bien trop fins, elle doit venir de la ville. Et son manteau est bien trop
léger et usé pour de grands froids pareils. Elle devrait mettre un grand châle
sur ses épaules...

La jeune femme remercie Catherine
qui l'invite à s'asseoir devant la cheminée, où elle jette ses dernières
branches de bois.
La jeune femme sourit et ouvre le
grand châle où dort un enfant nouveau-né.
- Doux Jésus, mais vous allez périr
à courir les chemins par si grand froid. C'est péché de ne pas être restée
chez-vous! -
La jeune femme sourit toujours.
La vieille Catherine s'excuse, elle
n'est pas bien riche, mais elle offre volontiers sa soupe, son pain, son lait.
Elle a déjà soupé, ment-elle et à son âge on se contente de peu.
La jeune femme prendra son lit.
Catherine dormira dans l'appentis avec la chèvre, sous la paille, elles se
tiendront au chaud.
Son ton ne souffre pas de réplique.
L'enfant nouveau-né tend les bras
vers le sapin sans grand décor et la pauvre crèche.

Le lendemain, Catherine supplie sa
chèvre de lui donner plein de lait... pour la jeune femme. Elle entre dans la
masure, plus personne, elle a beau fouiller partout, la jeune femme et l'enfant
ont disparus.
Elle ouvre la porte: il y a bien
des traces de pas qui viennent jusqu'à la porte... mais nulle trace de départ.

La vieille Catherine ne comprend
pas. Mais soudain, son oeil est attiré par la crèche: elle brille comme si le
soleil s'y trouvait.
Troublée, la vieille Catherine
s'approche, elle regarde et elle voit: la Sainte Vierge a exactement les mêmes
habits, un manteau bien trop léger et usé que la jeune femme qui l'a visité, et
l'enfant Jésus est enveloppé dans le même châle.
La masure s'illumine, les meubles
grandissent, la table est mise, Catherine court partout. Les armoires et coffres
sont plein à craquer de linge, d'or, de nourriture.
Devant la porte, le bois coupé
s'entasse jusqu'en haut de la belle maison qu'est devenue la masure.

Une musique céleste retentit aux
oreilles de la vieille Catherine qui pleure en comprenant que Marie et son
nouveau-né Jésus sont venus chez elle hier soir.
Béatrice Sommer

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