 Elles ont pris leur vol, nos amies hirondelles.
En septembre, un matin, fuyant à tire d'ailes
Les matins nuageux, la pluie et le grand vent,
Elles s'en sont allées vers un ciel plus clément.
Elles n'auront pas vu le grand ballet des feuilles.
Le raisin mordoré qu'à la vigne l'on cueille.
Les groupes colorés des joyeux vendangeurs,
Apportant au pressoir le fruit de leur labeur.

Le jardin défleuri regrettant ses rosiers
Que les dernières pluies viennent de dépouiller.
Au coeur du petit bois, où je marche souvent,
Les grands arbres penchés, torturés par le vent.
Les feuilles rouge sang de la vigne sauvage.
La rivière embrumée dans le gris paysage.
La campagne endormie qui nous fait le gros dos
A l'heure où chaque soir on tire les rideaux.

Derrière les volets, juste avant la veillée,
La grande flaque d'or de la lampe allumée
N'ont pas senti non plus l'odeur des feux de bois,
La légère fumée tournoyant sur les toits.
Dans la grande forêt les magiques couleurs
Qui nous font de l'automne admirer les splendeurs.
Tout ce que nous voyons, tout ce que nous sentons
Quand arrive à grand pas la mauvaise saison.

Et pendant de longs mois, de Toussaint à Carême,
Un peu sevrés bien sûr, de tout ce que l'on aime,
Le soleil, le grand jour, les marches au grand air,
Nous nous soumettrons tous aux rigueurs de l'hiver.
Mais dès le mois d'avril, quand le premier bourgeon
Fera craquer l'ourlet de son corsage blond,
Nous guetterons au ciel ce miracle vivant,
La première hirondelle annonçant le printemps.
Renée Jeanne Mignard
|